Les saignements utérins anormaux

Une femme sur cinq souffre de saignements utérins anormaux. Ce problème se présente le plus souvent à l'adolescence et en péri ménopause.

Qu’est-ce qu’un saignement utérin anormal ?

Un cycle menstruel normal, soit l’intervalle entre le premier jour d’une menstruation et le premier jour de la menstruation suivante, est de 21 à 40 jours. La durée normale d’une menstruation est de 2 à 7 jours. La perte de sang normale est de 20 à 60 ml, ce qui est loin d’être facile à calculer !

Donc on considère qu’on est en présence d’un saignement utérin anormal :

  • si le cycle est plus court que 21 jours ou plus long que 40 jours
  • s’il y a des saignements entre les menstruations
  • si la menstruation dure plus de 7 jours
  • si la quantité de sang perdue au total dépasse 80 ml (disons plus de 6 serviettes sanitaires ou 6 tampons « débordants » par jour)

Quelle en est la cause ?

Il faut en premier lieu envisager la possibilité d’une grossesse et de ses complications.

Si tel n’est pas le cas, votre médecin fera un petit bilan pour éliminer :

  • les causes externes (certains médicaments, hormonaux ou non, certains produits naturels ou stérilets). Les contraceptifs et les traitements hormonaux peuvent parfois amincir l’endomètre (couche interne de l’utérus) exagérément, au point de créer de petits saignements
  • les maladies systémiques (maladie thyroïdienne, troubles de coagulation, du foie ou des reins, etc.…)
  • les causes gynécologiques (ovulation, ITS, fibromes, polypes, endométriose, atrophie, cancer)

Si tout est négatif, nous avons un diagnostic de saignement utérin dysfonctionnel, très fréquent surtout à l’adolescence et en péri ménopause. Cela veut simplement dire que tous vos organes sont en santé mais qu’ils ne fonctionnent pas de façon optimale (dysfonctionnement ovarien).

Votre médecin procédera à un questionnaire approfondi ainsi qu’à un examen détaillé et déterminera si le saignement est anovulatoire (pas d’ovulation donc cycles irréguliers) ou ovulatoire (cycles réguliers).

L’investigation comprendra des prises de sang pour éliminer une grossesse, déterminer s’il y a anémie ou manque de fer, et évaluer si la thyroïde est normale. Selon le cas votre médecin pourra personnaliser le bilan : cytologie (Pap test) du col et recherche d’ITS (chlamydia et gonorrhée), échographie pelvienne trans-vésicale et endovaginale de même que biopsie de l’endomètre avec ou sans hystéroscopie pourront être jugées nécessaires.

Certaines femmes sont plus à risque de cancer de l’endomètre :

  • Femme de plus de 40 ans
  • Poids de 90 kg ou plus
  • Infertilité – absence de grossesse
  • Prise d’estrogènes sans progestérone
  • Prise de tamoxifène
  • Syndrome des ovaires polykystiques
  • Présence d’histoire de cancer du colon ou de l’endomètre dans la famille
  • Diabète
  • Hypertension artérielle (« haute pression »)

 

Une biopsie de l’endomètre avec ou sans hystéroscopie (examen de l’intérieur de l’utérus avec des fibres optiques d’environ 3 mm de diamètre, en passant par le col de l’utérus) sera de mise pour :

  • Tout saignement anormal chez une femme de plus de 40 ans ou à risque de cancer de l’endomètre
  • Tout saignement non prévu sous hormonothérapie de la ménopause (mais il est normal d’avoir des saignements irréguliers dans les 6 premiers mois d’une hormonothérapie en continu ou si on change d’hormonothérapie. Il faut en discuter avec son médecin)
  • Toute échographie pelvienne endovaginale montrant un endomètre plus épais que 4 mm, en ménopause

 

Quel est le traitement ?

1. Un problème non gynécologique sera traité par votre médecin ou le spécialiste approprié.

2. On traitera les pathologies gynécologiques selon leur cause :

  • Les polypes du col ou de l’utérus sont de petites excroissances que l’on peut facilement enlever avec ou sans anesthésie selon leur localisation
  • Les fibromes de l’utérus peuvent être traités médicalement (souvent de la même façon que les saignements dysfonctionnels - voir plus bas) ou chirurgicalement
  • L’atrophie (amincissement de la muqueuse) se traite par l’hormonothérapie locale ou systémique ou, pour l’atrophie vaginale, par le Replens (lubrifiant en vente libre)
  • Les infections sont traitées par des antibiotiques
  • Les cancers sont traités par une chirurgie avec ou sans radiothérapie ou chimiothérapie

 

3. Le saignement utérin dysfonctionnel sera traité de façon différente selon qu’il est ovulatoire ou non.

  • Un supplément de fer pourrait être indiqué
  • Les traitements sont souvent hormonaux : les contraceptifs oraux, le stérilet Mirena (qui amoindrit de façon significative la douleur, diminue le flot menstruel jusqu’à 95% et peut même amincir l’endomètre suffisamment pour qu’il n’y ait plus de menstruations), des comprimés de progestatifs dont certains, comme le Micronor, sont des contraceptifs (sans estrogènes) ou, à l’occasion, le Depoprovera en injection
  • Les anti-inflammatoires (Advil, Anaprox, Ponstan) sont aussi parfois recommandés non seulement pour soulager la douleur mais aussi pour diminuer le flot menstruel
  • Votre médecin peut également prescrire des médicaments plus spécifiques comme le cyklokapron pour les jours de flot plus abondant, le danazol (cyclomen) ou les analogues de la LHRH (Lupron, Zoladex, Synarel) qui bloquent l’hypophyse, provoquent une ménopause artificielle et font diminuer les fibromes (utilisés surtout avant une hystérectomie)
  • En cas d’échec des traitements médicaux et/ou en accord avec votre médecin, des procédures chirurgicales comme l’ablation de l’endomètre (destruction par voies naturelles de la couche interne de l’utérus en chirurgie d’un jour) ou l’hystérectomie (ablation de l’utérus) peuvent être envisagées

 

Danièle Rousseau

Gynécologue

CH Fleury et Opmedic Laval



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